Contribution d’un groupe de professeurs à la discussion des points 3 et 4 de l’AGM 2017 du mardi 20 juin.
Après la démission prématurée et récente du recteur Rainer Klump, la déposition d’une nouvelle loi au conseil de gouvernement, et l’émergence de problèmes budgétaires, les enseignants de l’Université mettent en question le concept de l’Université.
Après des années de discussion le Luxembourg s’est doté en 2003 d’une Université, afin d’un côté éviter le « brain-drain » donc la fuite des cerveaux et d’un autre côté renforcer la formation et la recherche en vue de faciliter la transition de la société économique actuelle vers la société « du savoir ». Les adversaires du projet pensent que le pays est trop petit, que l’exercice est trop cher et que la société Luxembourgeoise a depuis toujours, profité de l’éducation et l’expérience de ses citoyens revenants d’études faites à l’étranger. La population Luxembourgeoise a démontré jusqu’à présent un intérêt minime pour cette jeune Université, contrairement aux lycées du secondaire où chaque enfant Luxembourgeois passe obligatoirement. Afin d’apaiser les critiques, la nouvelle Université a fait la part belle à la recherche. Cette université fraîchement baptisée « université de recherche » fonctionne sur un modèle hiérarchique autocratique style « top-down ». Toutes les décisions sont prises par un conseil de gouvernance composé uniquement de personnes externes à l’organisation, nommé et révoqué par le Ministère en charge. Les propositions soumises à ce conseil de gouvernance proviennent exclusivement du Ministère ou du rectorat, qui lui-même est nommé par ce même conseil de gouvernance. Donc un cercle exclusif de personnes dirige cette université de recherche. Le budget a progressé depuis sa création de 50 millions en 2003 à 250 millions d’euros 2017 et curieusement, dans le même temps les dépenses du secteur privé en matière de recherche ont diminué. Ceci démontre que jusqu’á présent l’Université n’a pas su stimuler les autres acteurs de la recherche du pays et accompagner le succès économique du pays. Le concept actuel montre ses limites et prouve que l’Université n’est pas encore pleinement intégrée au Luxembourg. L’Université possède une administration disproportionnée et essaie d’intégrer 3 ou même 4 Centres Interdisciplinaires à côté de ses 3 Facultés. Cette intégration génère des conflits dans l’utilisation des ressources de personnels. Les secteurs prioritaires, définis par le conseil de gouvernance et le rectorat, bénéficie de large dotations en postes et subvention, au détriment des unités non-prioritaires qui luttent pour assurer un enseignement et fonctionnement normal de qualité. La liberté académique, génératrice de toute créativité et polarisatrice de talents, est mise en péril par un management exclusif et est asphyxiée par une administration indolente. Cette large variation de dotation dans les départements au sein d’une même faculté, et ceci sans aucunes discussions, critères ou explications, a pour effet d’attiser les tensions et d’éliminer les collaborations. La communication en général est pratiquement inexistante. Les discussions critiques nécessaires pour l’échange d’idées et d’opinions entre le management et le personnel, académique et administratif, sont quasi-nulles, suite à une loi pratique et favorable aux dirigeants.
Des Centres Interdisciplinaires en informatique, en biologie et histoire contemporain et un centre en logistique ont été créés et intégrés à l’Université, sans jamais être vraiment en phase avec les facultés où se trouvent les enseignants-chercheurs « standards » et les étudiants. Un grand nombre du personnel de ces centres n’est pas impliqué dans les formations « Bachelor » et « Master » et se consacre uniquement à la recherche, tout comme dans les autres Centres de Recherche Publiques du pays. A l’encontre d’une assimilation de la recherche dans l’enseignement, l’Université soutient une séparation de ces institutions sous formes d’objectifs / taches spécifiques.
En Mars 2017, le Ministre de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche a soumis au Conseil de Gouvernement un projet de loi, ayant pour objet une réforme de l’organisation de l’Université du Luxembourg. Quelques semaines après cette soumission, une crise budgétaire de l’Université s’est manifestée publiquement. Cette proposition de loi du Ministre Hansen réformerait légèrement l’organisation, sans remettre en cause le concept de management « top-down » et sans tentative d’instaurer une communication interne efficace. La question devient légitime : Comment un conseil composé de personnes externes à l’organisation peut raisonnablement prendre des décisions sans même connaître les problèmes de base des étudiants et du personnel, sans qu’une discussion et qu’une communication ouverte soient institutionnalisées, sans avoir un avis de quelques représentants internes y travaillant quotidiennement ? Dans cet esprit la proposition de loi est analysée et commentée ci-dessous:
Afin de créer un climat de confiance, et mettre l’accent sur une collaboration transparent nous proposons les commentaires suivants concernant la proposition de loi :
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Les 3 missions définies par l’art. 1 – 3 sont essentielles et doivent être mise en place pour toute l’Université.
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Le développement d’une école doctorale engendre une tache administrative très importante – cette école doctorale doit être développée sur base des besoins, et volontariat et non de façon systématique ce qui peut réduire considérablement la tache administrative engendrée à l’heure actuelle (art. 38). L’école doctorale doit être transversale, identique pour les facultés et les centres interdisciplinaires (art. 16.5).
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La composition du Conseil de Gouvernance (CdG) doit inclure des professeurs de l’Université élus par le corps académique afin d’avoir une vue interne de la situation:
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6 représentants externes,
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4 professeurs élus par le corps académique,
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1 élu représentant du personnel administratif.
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Le rôle du Recteur:
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La responsabilité de l’exécutif doit incomber au rectorat et non au recteur (art. 7),
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Les doyens et vice-doyens doivent être élus par le corps académique de la faculté et ce pour une durée de 4 ans renouvelable. Les professeurs des centres interdisciplinaires élisent leur directeur pour une durée de 4 renouvelable. (art. 7.12, art 5.2).
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Le rôle du Conseil Universitaire (CU):
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Le rectorat peut assister au conseil universitaire sur invitation – dans un rôle consultatif (art. 12.1),
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Emêt un avis rendu public de façon écrite (art. 12.3-8),
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Doit avoir un rôle stimulateur de discussion et communication,
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La composition du CU devrait comporter moins d’étudiants (art.13), par exemple :
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9 professeurs élus par le corps académique des facultés,
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2 professeurs élus par les différents Centre interdisciplinaire,
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1 assistant chercheur élu,
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1 assistant chercheur élu par les Centre interdisciplinaires,
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3 représentants du personnel,
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2 étudiants.
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Le chef de département au sein des facultés doit être élu par les membres du département pour 3 ans – renouvelable (art. 14.4)
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L’intégration des centres interdisciplinaires doit se faire sur base des 3 missions de l’université (art.16).
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Il est indispensable que soit établi une charte définissant de façon commune les objectifs en termes de recherche, d’enseignement, de tâches administratives et d’impact sur la société socio-économique (art. 21.
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A l’heure actuelle il n’existe pas de règles communes concernant la distribution des tâches, ce qui engendre de grandes différences et frustrations. Le projet de loi propose une charge d’enseignement d’un minimum de 30 unité / an pour tous les professeurs ce qui nous ne semble pas adapté (art. 25). Une étude approfondie doit être faite et les ressources en matière d’enseignement doivent être distribuées en fonction des besoins.
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Il est primordial d’évaluer et de fixer la tâche d’enseignement pour chaque professeur et assistant-chercheur des facultés et des centres interdisciplinaires de façon a homogénéiser les charges de travail et pouvoir réduire le coût des vacataires.
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L’autorisation à diriger des recherches doit être accordée aux professeurs et professeurs associés de l’université et de façon limitée et concertée aux personnes externes à l’université (art. 22).
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Les activités accessoires doivent être toutes déclarées et seulement approuvées à partir d’un certain niveau spécifié par ROI par exemple (10% du salaire) (art. 23).
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Les nominations des professeurs affiliés, invités et honoraires sont soumises par recteur au CG, après avis du doyen et acceptation du département (art.29).
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Une charge d’enseignement et de recherche doit être définie pour les assistants chercheurs (art.28).
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La nomination d’un enseignant vacataire est soumise par département au doyen pour 3 ans renouvelable (art.30).
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L’article 32 – 6 concernant le ‘multilinguisme sauf contre-indication’ mérite une explication plus détaillée.
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Le jury pour la validation des acquis est déterminé par le département. (art 34 -3).
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Les accords de Bologne définissent un diplôme de Bachelor ou Master, tout en laissant la liberté d’orienter la formation de façon professionnelle ou académique. Nous souhaitons pouvoir indiquer l’orientation dans l’intitulé de la formation.
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Nous souhaiterions que le projet de la loi soit revu de façon anonyme par l’ensemble du personnel de l’université – les commentaires ainsi engendrés permettront de souligner les problèmes, les succès, et initieront le débat.
Il est essentiel de définir les objectifs primordiaux d’une université : la formation des cadres de demain et le transfert du savoir au monde-socio-économique. Ces deux buts ne sont atteints que par la qualité de l’enseignement et de la recherche conjuguée : une université brille par l’excellence de son personnel qui s’inspire mutuellement sur base de discussions permanentes et constructives. De bons professeurs attirent de bons étudiants et thésards, qui généreront une recherche de qualité, qui viendra enrichir la société et les entreprises. Mais sans débats, sans discussions et sans communication efficace interne et externe, il n’y aura pas de progrès et l’Université ne pourra s’intégrer complètement dans le pays. La discussion concernant les priorités de l’Université ne devrait-elle pas être publique ? Car elle concerne tout un chacun.
La réforme de la loi proposée est minimale et il serait malheureux qu’un cercle restreint de personnes en débattent. Il est essentiel d’ouvrir le débat et d’y inclure un panel de représentants du corps académique et administratif, ayant une connaissance approfondie des activités quotidiennes de l’Université. Ceci aura certainement pour effet de ne pas reproduire les erreurs du passé et aider à la progression de cette organisation.
Contribution d’un groupe de professeurs à la discussion des points 3 et 4 de l’AGM 2017 du mardi 20 juin.